The Otolith Group
Artists Like Us

Du 18 juillet au 13 septembre 2014
Vernissage le 18 juillet à 20 h

> Communiqué de presse

 

Pour la première exposition consacrée au travail de The Otolith Group à Montréal, Dazibao a élaboré un programme de films campés dans des futurs obsolètes. Travaillant surtout à partir d’images existantes — archives, documentaires, images de propagande ou tirées des nouvelles — The Otolith Group analyse, interprète, voire recrée l’histoire politique et sociale de notre temps, proposant de celle-ci une lecture résolument engagée.

The Otolith Group fait de l’anonymat du collectif — ou plus précisément de l’aspect non personnalisé de celui-ci — l’une des assises de sa démarche. Il revendique une pratique du cinéma-essai fondamentalement collective et militante, où — paradoxalement — une signature esthétique forte conteste l’autorité traditionnelle univoque du documentaire, comme si cette dernière était un reliquat périmé. Interroger de front l’image et l’utopie d’une possible représentation de
« choses » telles les idées, les luttes sociales, le (non-)devenir politique de certains groupes constitue une façon radicale de militer. Qu’il s’agisse de vidéo, de conférences, de projets de commissariat, The Otolith Group donne à ses œuvres la portée de projets politiques, voire éducatifs, où l’histoire est reconstruite autrement au bénéfice de tous. C’est cette manière de faire que veut souligner Artists Like Us.

 

PROGRAMME ET HORAIRE

12 h 00 | Anathema (2011) — 37 min. 

Anathema imagine le comportement microscopique des cristaux liquides comme s’il s’agissait d’une entité douée de sens possédant des doigts et des yeux, ensorcelée par les écrans tactiles ACL des communications du capitalisme. En mettant en contact les associations mère-père-fille-fils-machines et les unités petit ami-petite amie avec l’imagerie conductrice de la cristallisation liquide, Anathema se propose comme le prototype d’un antidote concocté à partir des mondes possibles de la sorcellerie capitaliste.

12 h 45 | The Radiant (2012) - 64 min. 14 sec.

The Radiant explore les lendemains du séisme de Tohoku et du tsunami qui a suivi tuant plusieurs milliers de personnes et entraînant la fusion partielle des réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Film-essai chargé de la difficile tâche de représenter les conséquences invisibles des retombées radioactives, The Radiant voyage à travers le temps et l’espace pour invoquer les promesses historiques portées par l’énergie nucléaire ainsi que les menaces de la radioactivité dans les mois qui ont suivi les désastres. Ce document filmique donne l’aperçu de la forme et de la présence d’une entité invisible et des manifestations abstraites de celle-ci comme phénomènes visuels.

14 h 00 | Otolith I (2003) - 22 min. 25 sec. 

Otolith I conjugue l’anxiété et la dépression des protestations de 2003 contre l’invasion imminente de l’Iraq par les Américains, la rencontre survenue à Moscou en 1973 entre la cosmonaute russe Valentina Terechkova, première femme à être allée dans l’espace, et la grand-mère d’Anjalika Sagar, Anasuya Gyan-Chand, alors présidente de la Fédération nationale des femmes de l’Inde avec des intermèdes d’intériorité apparaissant sous forme de films tirés d’archives personnelles. Le film évoque l’apesanteur non-métaphorique d’une intimité étrangère et pose la question : le futur pourra-t-il un jour redevenir incertain?

14 h 30 | Otolith III (2009) - 48 min.

Otolith III habite les potentialités non-avenues du scénario de The Alien (1967), un film de Satyajit Ray jamais réalisé. Fusionnant en un antépisode du film de Ray, il avance un argument provoquant : peut-être que l’avenir de la science-fiction ne se situe pas dans le récit de notre rencontre avec l’Extraterrestre mais plutôt dans le calque du récit que ferait l’Extraterrestre de notre présence. Une narration prismatique, plurivoque expose et raffine une mission pour confronter Ray afin de prendre au sérieux et de racheter le statut incomplet de sa création. Comme des fantômes qui, plutôt que d’apparaître tout simplement, reviennent sans être invités, les personnages-idées en fuite présupposent des habitudes issues du passé demandant d’être complètement désapprises. Ils doivent écouter des témoins sans preuves. Des sons sans images. Des histoires sans histoire. Des souvenirs sans cause.

15 h 45 | Hydra Decapita (2010) - 31 min. 41 sec.

De 1993 à 2002, le duo de musique électronique de Détroit Drexciya a produit une série d’enregistrements marquants dans lesquels il imaginait un monde fictif nommé Drexciya, peuplé des descendants subaquatiques des Africains noyés par les marchands d’esclaves lors du Passage du Milieu. La fable de Drexcyia est le point de départ de Hydra Decapita, une œuvre convoquant une série de spectres du capital pour une séance qui immerge les spectateurs dans une évocation affective de l’abstraction économique contemporaine.


Fondé à Londres en 2002 par Anjalika Sagar et Kodwo Eshun, The Otolith Group est un collectif dont les pratiques intègrent le film, la vidéo, l’écriture, le commissariat d’exposition, les publications et le développement d’ateliers ou de plateformes publiques permettant une lecture serrée de l’image et de la place qu’elle occupe dans le monde actuel. Le travail du groupe se penche sur les héritages autant que les potentialités du documentaire, du film-essai, de l’oralité, du son, des futurs spéculatifs et de la science-fiction.

The Otolith Group a organisé des ateliers et des discussions, commissarié ou co-commissarié des programmes dans le cadre de festivals ou d’expositions parmi lesquels l’exposition itinérante The Ghosts of Songs: A Retrospective of The Black Audio Film Collective 1982-1998 (2007), Harun Farocki. 22 Films: 1968-2009 à la Tate Modern (2009), On Vanishing Land à The Showroom (Londres, 2013), entre autres. Leurs œuvres ont notamment fait partie des expositions collectives suivantes : ECM: A Cultural Archaeology, Haus der Kunst (Munich, 2012); Death of Life and Fiction, Biennale de Taipei (2012); dOCUMENTA 13 (Kassel, 2012). Récemment leur travail a fait l’objet des expositions suivantes : Medium Earth à REDCAT (Los Angeles, 2013), Westfailure à Project 88, (Mumbai, 2012), I See Infinite Distance Between Any Point and Another à Fabrica (Brighton, 2012) et Thoughtform au MACBA (Barcelone, 2011). En 2010, The Otolith Group a été finaliste pour le prix Turner.

Cette exposition a été organisée pour Dazibao par France Choinière en étroite collaboration avec les artistes. Nous remercions les artistes et LUX (Londres, R-U) de leur généreuse collaboration ainsi que nos membres pour leur soutien.